La « chaîne du livre »

  1. La création. L’auteur rédige son œuvre. Il peut le faire de sa propre initiative ou sur commande d’un éditeur. Une fois terminée, l’œuvre est remise sous la forme de manuscrit à un éditeur(s). S’il le propose à plusieurs éditeurs il peut être considéré comme faisant de l’auto-plagiat. Il a par contre la possibilité de proposer à un autre éditeur si le premier éditeur a refusé de publier son œuvre.
  2. De l’auteur à l’éditeur. Le manuscrit est reçu par l’éditeur. L’éditeur conclut un contrat d’édition avec l’auteur. C’est ce que l’on appelle la publication à compte d’éditeur. Elle ne donne lieu, de la part de l’auteur, à aucun versement d’argent. L’éditeur, en revanche, peut verser un à-valoir à l’auteur, qui représentera une avance sur les droits que ce dernier percevra sur les ventes du livre. Cette avance est généralement « remboursable », c’est-à-dire que l’auteur ne percevra à nouveau de l’argent de l’éditeur qu’une fois que l’avance aura été « remboursée » par les droits d’auteur. Si, par exemple, l’auteur se voit garantir un taux de 10 % sur le chiffre d’affaires net hors taxe de la vente de son ouvrage, il percevra, pour 1 000 exemplaires vendus et un prix de vente hors taxe (sans la TVA, qui est de 5,5 % sur les livres) de 14 euros : 1 000 x 14 x 10 % = 1 400 euros. Admettons que l’éditeur ait versé à l’auteur à la signature du contrat une avance « remboursable » de 1 000 euros, l’auteur ne percevra plus que 400 euros. En revanche, les contrats d’édition prévoient la plupart du temps que les à-valoirs restent acquis à l’auteur, quoi qu’il arrive. Si, donc, l’ouvrage que nous avons pris en exemple ne se vend qu’à 500 exemplaires, et que l’auteur ne doit percevoir que : 500 x 14 x 10 % = 700 euros, alors qu’il a perçu à la signature du contrat une avance de 1 000 euros, il ne devra rien à l’éditeur.
  3. De l’éditeur à l’imprimeur. L’auteur remet son manuscrit définitif à l’éditeur. L’éditeur procède à une première lecture. Il peut demander à l’auteur de réécrire tout ou partie de son œuvre. Il peut aussi effectuer des changements lui-même et les soumettre à l’auteur pour approbation. Il peut déléguer tout ou partie du travail à un assistant d’édition. Il s’agit à ce stade de préparer la copie. Puis le texte part à la correction. Un correcteur pointe les erreurs de grammaire, de syntaxe, d’orthographe du texte. Ensuite intervient un maquettiste, qui effectue la mise en page et intègre si nécessaire les éléments fournis par l’éditeur (bibliographie, index, sommaire, notes…), en respectant la feuille de style de la maison d’édition ou de la collection dans laquelle le livre est publié (grosseur des caractères, police, foliotage, etc.). En général, l’éditeur a fourni au maquettiste un « chemin de fer », c’est-à-dire un plan page à page de l’ouvrage. Une fois prêt, le livre est à nouveau relu (la lecture sur épreuve) par l’auteur et par un correcteur. L’auteur signe ensuite un bon à tirer qui valide la version finale. En parallèle, l’éditeur a travaillé sur le projet de couverture, avec un photographe ou un illustrateur, et un graphiste. Il a aussi rédigé la quatrième de couverture (le texte qui apparaît au dos du livre).
    Dans certains cas la responsabilité de la maquette est confiée à de véritables artistes qui disposent d’une grande liberté de création (Pierre Faucheux, Massin…).
  4. L’impression. En amont, l’éditeur et le chargé de fabrication ont déterminé ensemble la qualité du papier, son grammage, le procédé à utiliser pour la reliure, ainsi que l’imprimeur auquel il sera fait appel, à qui un devis, garantissant des délais de livraison, a en général été demandé. Une fois que le bon à tirer a été signé, le fichier informatique du livre est envoyé à l’imprimeur qui sort une première copie (appelé traceur, ozalid, ou Cromalin). Le format PDF est devenu, en grande majorité, le format d’échange, entre l’éditeur et l’imprimeur. Les dernières corrections sont apportées afin de valider l’impression finale. La quantité du tirage et les choix d’impression (papier, couverture, matériaux divers et qualité de l’impression) sont définis par l’éditeur en fonction du public concerné et du tarif de l’ouvrage.
  5. La commercialisation. Entre trois et six mois avant la sortie de l’ouvrage, l’éditeur l’a présenté à son diffuseur. Le diffuseur est une société spécialisée dans le démarchage et la prise de commandes auprès des libraires et des grandes chaînes de diffusion de livres (Fnac, Virgin, Cultura pour les principales enseignes spécialisées, supermarchés et hypermarchés pour le reste). Ces opérations s’effectuent par l’intermédiaire d’un « collège » (une équipe) de représentants (des agents commerciaux spécialisés dans le livre). L’éditeur rencontre le diffuseur plusieurs fois par an, pour présenter son programme et convaincre les représentants de défendre les livres qu’il va publier. Parfois, il est demandé à l’auteur de venir présenter son œuvre devant le diffuseur, pour qu’il ait l’occasion de se faire connaître, de parler de son livre, et de répondre aux questions des représentants, qui anticipent bien souvent les questions des libraires. Une fois les libraires démarchés et les commandes prises, les livres sont acheminés par le distributeur, par camion ou par courrier. À noter qu’une partie des livres placés par le diffuseur ne font l’objet d’aucune commande. Ils sont envoyés automatiquement par le diffuseur au libraire. C’est ce que l’on appelle l’office. Cette pratique, très utilisée pour forcer le lancement d’un livre à gros tirage, est en régression, sous la pression des libraires. Les commandes des libraires sont appelées les « notés ». Le total de l’office et des notés forme ce que l’on appelle la « mise en place » d’un livre. Une fois la commande prise et le livre expédié au libraire, il est disposé dans les rayons, où les clients peuvent l’acheter. Mais si le livre ne se vend pas, le libraire a une faculté de retour : il peut retourner l’ouvrage à l’éditeur, dans un délai déterminé. Tout cela donne lieu à un jeu de facturation très complexe, et à des coûts importants. Le libraire peut consentir une ristourne à ses clients, mais celle-ci en France ne peut être supérieure à 5 % du prix de vente, en application de la loi Lang. C’est ce que l’on appelle le prix unique du livre. Ses défenseurs arguent du fait que cette disposition protège l’éditeur et le libraire, et toute la chaîne du livre.

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